La supervision et l’exécution

Les articles précédents ont présenté tout ce qui était nécessaire avant l’exécution des travaux. La planification a certainement un impact majeur sur l’exécution, mais il ne faut pas sous-estimer le rôle du superviseur.

Le rôle du superviseur

Comme son titre l’indique, le superviseur doit avoir une « super vision ». En règle générale un superviseur est quelqu’un d’expérience qui connait bien la maintenance et l’usine où il travaille. Son rôle sera de supporter et de former son équipe. Il doit assurer un rôle de motivation et de discipline avec son équipe. Et il aura aussi un minimum de tâche administrative à s’occuper tel que gérer les vacances de son équipe, les plans de formation, les griefs et les feuilles de temps.

Nous choisissons nos superviseurs pour leur connaissance technique et leur capacité à gérer une équipe. Pas pour leur aptitude à gérer de la paperasse. Malheureusement c’est souvent ce que nous faisons. Nous sélectionnons un de nos mécaniciens ou électriciens le plus talentueux, nous lui donnons une promotion comme superviseur pour le récompenser et nous l’occupons avec un maximum de tâche administrative et de réunion pour être certains qu’il n’ait pas le temps de transférer ses connaissances à son équipe.

Assurez-vous que vos superviseurs sont un maximum de leurs temps sur le plancher avec leur équipe. C’est la seule façon de valider la qualité des travaux et les connaissances de leur équipe de façon proactive, et de régler les problèmes potentiels avant qu’ils ne deviennent un véritable problème.

« Un superviseur devrait visiter chaque job plusieurs fois par jour! »

Respect de la cédule

La semaine précédente, une cédule de maintenance a été définie et le superviseur de maintenance a approuvé cette cédule. Cette cédule définit l’objectif à atteindre cette semaine. Il est du devoir du superviseur d’essayer, autant que possible, de la suivre.

Chaque jour, la production et la maintenance doivent se rencontrer pour confirmer les priorités de la journée. Ensemble, il revoit les travaux prévus de la journée et détermine si des changements sont requis dus à des contraintes de production, des urgences ou des travaux de maintenance plus longs que prévu!

La décision de retirer ou d’ajouter des travaux à la cédule doit être prise conjointement entre la production et la maintenance. Cette décision ne doit pas reposer entièrement sur les épaules de la maintenance. Ce ne doit pas être une surprise pour la production lorsque certains travaux sont écartés de la cédule. La production doit être considérée comme le propriétaire des équipements! Elle est responsable de la bonne marche des équipements et de leurs rendements.

J’utilise souvent l’analogie du propriétaire de voiture et du garage. Si vous allez au garage pour un bruit de craquement dans votre suspension avant et que vous en sortez avec une suspension arrière neuve sans en avoir été informer avant les travaux, vous ne serais pas très content! Dans mon cas ce fut la dernière visite chez ce concessionnaire!

Pour suivre la même analogie, il est important que la production connaisse bien la liste des travaux requis (backlog). Elle doit participer à l’élaboration de la cédule et fournir les équipements lorsque requis pour une maintenance ou une réparation. Ultimement, c’est eu qui sont responsable de la santé des équipements. Tout comme le propriétaire de voiture est responsable de faire la maintenance préventive et corrective pour la bonne marche de son véhicule!  

« La cédule devrait être une aide et non une contrainte. » 

Qualité des travaux

À la maison et sur la ferme, on apprend à tout faire avec ce qu’on a sous la main. Malheureusement ces pratiques sont souvent transposées en maintenance industrielle : on réutilise de vieux boulons rouillés plutôt que de les remplacer par des neufs, on fixe un contacteur électrique avec une vis à gypse, on remplace une seule pièce au lieu de remplacer la paire… C’est ce que j’appelle de la maintenance de fermier! Désolé pour ceux que je vais choquer, mais ces pratiques n’ont pas leur place en milieu industriel.

Les principales causes d’arrêt d’équipement sont le serrage, la lubrification et le nettoyage. Le serrage inclut évidemment le couple de serrage, mais aussi la tension dans les chaines et les courroies. On sait bien que tout bon mécano possède une clé dynamométrique intégrée dans son bras et que chaque boulon sera serré à la perfection avec une clé à chocs! Mais non, certains assemblages comme les joints n’aiment pas être trop serrés et finiront pas couler plus vite que prévu s’ils sont trop serrés. Un niveau de la lubrification, c’est souvent trop ou pas assez! Dans chaque usine que je visite, tous les mécanos me disent qu’ils savent comment graisser un roulement. Pourtant je trouve toujours des roulements dont le joint d’étanchéité est défoncé! Et que dire du nettoyage! Un moteur enseveli de poussière ou de boue sera incapable de dissiper sa chaleur et usera prématurément.

Le serrage, la lubrification et le nettoyage représentent en règle générale environ 55% des causes de panne en usine. Pourtant ce devrait être la maternelle de la maintenance! Nous devrions maitriser ces pratiques à 100%! Ajoutons maintenant la maintenance de précision comme le balancement et l’alignement et nous ajoutons un autre 15% des causes de pannes! Ce qui veut dire que nous sommes capables d’avoir le contrôle sur environ 70% des causes de pannes!

Il faut éviter de faire tout sur place et idéalement faire le maximum de travaux en atelier. Il est plus efficace et confortable de réparer ou préassembler des éléments en atelier. L’environnement sera aussi plus propre et il sera ainsi plus facile de faire un travail de précision.

« Le superviseur de maintenance est responsable de la qualité des travaux. »

Exécution

Votre processus de gestion des travaux doit définir quand un bon de travail est requis. Oui je sais! On devrait avoir un bon de travail pour chaque travail, mais il n’est pas normal de passer plus de temps à remplir un bon de travail que d’exécuter les travaux. Il faut aussi se questionner sur quel genre d’intervention requière un historique! Est-ce que j’ai vraiment besoin d’un historique pour avoir réajuster une porte dans les toilettes?

Vous devez accepter que les gros travaux payent pour les petits travaux ou utiliser des bons de travail ouvert pour les petits travaux qui ne requière pas de pièce. Cette dernière façon de faire demandera un peu plus de discipline et de contrôle. Si vous utilisez des bons de travail ouvert, la bonne pratique est de ne pas avoir plus de deux pourcents de votre budget de maintenance dans ce type de bon de travail.

Les commentaires sur les travaux effectués, le temps de travail et les codes de pannes, s’il s’agit d’une panne, font partie intégrale du travail et devrait être fait immédiatement après que le travail est techniquement complété.

Un jour, pendant un diagnostic de maintenance, je suivais un mécanicien assigné aux urgences. Il reçut un appel pour un four en panne. Son premier réflexe a été de se rendre à un ordinateur près du four et interroger l’historique de l’équipement question. Il chercha pendant quelques minutes dans la liste des anciens bons de travail et appela le magasin. Il demanda au magasinier d’aller consulter un numéro de bon de travail et lui demanda de préparer la liste de pièce qui était sur ce bon de travail. Il alla ensuite faire son diagnostic sur le four pour confirmer que c’était bel et bien le problème et alla au magasin chercher les pièces qu’il avait demandées. Le magasinier avait même préparé un nouveau bon de travail pour sortir les pièces! Voici une façon efficace d’utiliser son historique d’équipement. Je dois admettre que l’historique des bons de travail était très bien documenté dans cette entreprise.

« Vous devez viser un niveau où votre équipe de maintenance sur le terrain va se servir de l’historique pour être plus efficace l’hors des urgences! »

Conclusion

Le superviseur de maintenance doit passer un maximum de son temps sur le plancher avec son équipe. Ce qui lui permettra de bien supporter son équipe et comprendre leurs besoins. Sa présence sur le terrain lui permettra aussi de valider la qualité des travaux. Il doit aussi veiller à ce que les bons de travail soient bien documentés.

Un partenariat avec la production est primordial pour l’implantation de pratique de maintenance de classe mondiale. Si la production ne se sent pas responsable de la fiabilité des équipements, votre programme de maintenance n’évoluera pas.

Serge Rivoallan

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